Actualité économique
samedi 06 août 2011 - 15:29
US / Eco : les Etats-Unis perdent leur triple A !
L'agence de notation financière Standard & Poor's Ratings Services a donc frappé un grand coup hier soir en annonçant, comme la rumeur le laissait entendre durant la journée, un abaissement de la notation souveraine de long terme des États-Unis à "AA+", contre "AAA".
La perspective sur cette notation long terme est par ailleurs négative, signalant la possibilité d'un nouvel ajustement en baisse.
La note de court terme "A-1+" sur les Etats-Unis a été quant à elle confirmée. Les deux notations, de court et long terme, ont été sorties de surveillance.
S&P justifie sa décision par la controverse prolongée sur le relèvement du plafond de la dette américaine et le débat relatif à la politique fiscale. En outre, le plan de consolidation fiscale accepté par le Congrès et l'administration américaine ressort inférieur au montant espéré par S&P pour stabiliser le fardeau général de la dette gouvernementale d'ici 2015.
La dégradation de S&P traduit sa vision de l'augmentation du fardeau de la dette américaine et sa perception d'une plus grande incertitude politique. Néanmoins, l'agence perçoit comme globalement inchangés les autres critères économiques de notation, les critères externes et monétaires.
Les notes sont sorties de surveillance désormais du fait des décisions du 2 août levant les menaces immédiates de défaut de paiement des Etats-Unis avec le rehaussement du plafond de la dette. En outre, la législation entrée en vigueur permet à l'agence d'évaluer maintenant avec clarté la probable politique fiscale américaine des prochaines années.
S&P estime cependant que les tergiversations politiques des récents mois reflètent une gouvernance et une politique américaine devenue moins stable, moins efficace et moins prévisible. Les divergences entre partis politiques se sont avérées extraordinairement difficiles à surmonter et l'accord en résultant a donc déçu les attentes de S&P en matière de consolidation fiscale. Républicains et démocrates ne sont, selon l'agence, parvenus qu'à accepter des économies relativement modestes en dépenses discrétionnaires tout en déléguant au Comité spécial conçu les décisions sur des mesures plus complètes. De plus, l'agence indique que les nouveaux revenus ne paraissent plus au menu des options politiques, alors que le plan n'envisage que des changements mineurs concernant Medicare et peu de changements dans d'autres domaines.
Standard & Poor's pense qu'un nouveau consensus politique pourrait (ou ne pourrait pas) émerger après les élections de 2012, mais estime que d'ici là, le fardeau de dette gouvernementale sera probablement plus élevé encore et que les ajustements fiscaux nécessaires à moyen terme seront plus importants.
S&P constate les 2.400 Mds$ d'économies prônées d'ici 2021 par la nouvelle législation, dont 1.500 Mds$ supposément recommandés par le Congressional Joint Select Committee on Deficit Reduction d'ici novembre. La loi ne contient pas de mesures de relèvement des impôts et de développement des revenus, même si le Comité pourrait en recommander.
Moody's et Fitch ont quant à eux confirmé leurs notations triple A sur les Etats-Unis, même si Moody's admet qu'il pourrait dégrader dans le futur.
La Maison Blanche aurait tenté hier de contester la dégradation alors imminente de S&P en revenant sur les chiffres de son analyse en matière de comparaison de dépenses gouvernementales à long terme et de projections de revenus. L'administration Obama aurait évalué à 2.000 Mds$ les erreurs imputées à l'analyse de l'agence, rendant sa dégradation "défectueuse".
C'est la première fois dans l'histoire des USA que Standard & Poor's se permet de dégrader la première économie au monde. La perspective négative de la note constitue un second facteur de déception, puisqu'elle offre la possibilité d'un nouveau déclassement d'ici deux ans.
En juillet, l'agence avait estimé à 4.000 Mds$ les économies nécessaires aux Etats-Unis sur une décennie pour conserver le triple A. Le ratio d'endettement sur PIB américain projeté actuellement par S&P pour 2021 est de 85%.
Républicains et démocrates n'ont évidemment pas manqué hier soir et ce samedi de s'accuser respectivement de la responsabilité de la perte du triple A. Les politiques américains n'avaient visiblement pas pris la mesure de toutes les conséquences de leurs débats, trop préoccupés qu'ils étaient sans doute par l'échéance de 2012.
Pour l'heure, les marchés n'ont pas perdu confiance dans les obligations du Trésor américain. Une dégradation de la note souveraine était déjà envisagée en effet avec une probabilité assez importante.
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